En octobre 2014, Rémi Fraisse, jeune militant écologiste, était tué par une grenade offensive lancée par un gendarme, en marge d’une manifestation près du barrage de Sivens (Tarn). Son nom est réapparu dans le débat public quand Jean-Luc Mélenchon a estimé le 24 mai dernier que Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur à l’époque du drame, s’était « occupé de son assassinat ».

Si ce n’est pas la première fois que le leader de La France insoumise porte une telle accusation contre l’ancien locataire de la Place-Beauvau, l’intéressé a assuré cette fois que l’affaire se réglerait devant les tribunaux.  

Mort de Rémi Fraisse : le gouvernement a-t-il feint l’ignorance ?

# Acte 1 : pour Mélenchon, Cazeneuve s’est « occupé de l’assassinat de Rémi Fraisse »

En meeting à Montreuil mercredi 24 mai, Jean-Luc Mélenchon n’a pas ménagé l’ancien ministre de l’Intérieur :

« Cazeneuve, le gars qui s’est occupé de l’assassinat de Rémi Fraisse. Le gars qui a fait gazer, matraquer toutes les manifestations et qui prend maintenant sa tête de petit sainte-nitouche pour dire que c’est moi qui ne sais pas choisir entre le Front national et je sais pas qui. »

Ses propos ont par la suite étaient diffusés dimanche 28 mai dans un reportage de l’émission « C politique » sur France 5. Peu de temps avant, s’adressant toujours à Bernard Cazeneuve, Jean-Luc Mélenchon avait déjà fait semblant de s’interroger dans un tweet : « Monsieur Cazeneuve n’a-t-il pas entendu quand j’ai dit ‘pas une voix au FN’ ? Et moi je lui dis : qui est l’assassin de Rémi Fraisse ? »

# Acte 2 : Cazeneuve veut porter plainte

L’ancien ministre de l’Intérieur n’a pas tardé à réagir. Dimanche soir, il a annoncé sa décision de « porter plainte » contre Jean-Luc Mélenchon dont les propos relèvent selon lui de la « diffamation ». L’ancien locataire de la Place-Beauvau s’est fendu d’un communiqué, estimant que « coutumier de l’outrance et de l’abaissement du débat public, Jean-Luc Mélenchon a franchi la frontière de la diffamation ». Il ajoute : « Par ses propos à mon sujet, il démontre que l’insulte est devenue son mode de pensée et d’expression. »

Dans la foulée, le PS a condamné de plus belle les « propos diffamatoires et volontairement provocateurs » du leader de La France insoumise, jugeant qu’il avait recouru à « des méthodes que ne réprouverait pas l’extrême droite sur internet ».

# Acte 3 : l’ombre d’un regret pour Mélenchon ?

Désormais visé par une plainte de Bernard Cazeneuve, Jean-Luc Mélenchon a estimé lundi soir qu’il n’aurait « pas dû se sentir piqué » par les reproches de l’ex-Premier ministre sur son attitude face à Marine Le Pen. « Je n’aurais pas dû tenir compte de ce qu’il disait », a-t-il expliqué, en marge d’un meeting à Evry (Essonne). Lors de l’entre-deux-tours, Bernard Cazeneuve avait dénoncé « une faute politique et morale » du leader de La France insoumise, pour « ne pas avoir appelé clairement à voter » pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen

« J’ai été tellement indigné par cette façon de présenter ma position, mensongère », a expliqué celui qui présente sa candidature à Marseille aux législatives. Et de lancer une dernière pique à son adversaire : « J’ai pas envie de passer l’élection législative sur un sujet pareil. Franchement monsieur Cazeneuve n’a plus aucune d’espèce d’importance politique dans ce pays et ceux qui le pensent non plus. »

# Acte 4 : le gendarme qui a lancé une grenade sur Rémi Fraisse menace de porter plainte

Selon « le Parisien« , le gendarme qui avait lancé une grenade mortelle sur Rémi Fraisse en 2014 envisage également de porter plainte contre Jean-Luc Mélenchon. L’avocat du gendarme Jean Tamalet a affirmé auprès du quotidien que son client était « blessé par ces propos ». « Parler d’assassinat revient à le traiter d’assassin. Alors même que trois enquêtes, particulièrement fouillées, ont conclu à l’accident. » Seule condition pour que le gendarme ne saisisse pas le parquet : que le leader de La France insoumise retire ses propos. 

# Acte 5 : Cazeneuve prêt à retirer sa plainte si Mélenchon présente ses « excuses »

Invité au micro de France-Inter ce mardi matin, Bernard Cazeneuve a confirmé son intention de porter plainte contre Jean-Luc Mélenchon. Néanmoins, il s’est dit prêt à ne pas saisir le parquet dans le cas où le leader de La France insoumise présenterait ses excuses.

« Si bien entendu, il dit dans les jours qui viennent, ‘je présente mes excuses, je me suis laissé emporté’, je retirerai ma plainte », a assuré l’ex-Premier ministre.

A l’heure actuelle, rien n’est moins sûr. 

M.C.

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