« Il y a un an, personne n’aurait imaginé un tel renouvellement politique. Nous le devons à la volonté du président de donner un nouveau souffle à la démocratie. Nous le devons aussi aux Français, qui ont voulu donner à la représentation nationale un nouveau visage », a déclaré le Premier ministre Edouard Philippe.

Inconnu il y a encore trois ans, élu à 39 ans à la tête du pays, Emmanuel Macron, plus jeune chef d’Etat jamais élu en France, gagne son dernier pari: contrôler l’Assemblée nationale pour lancer de délicates réformes d’inspiration libérale-sociale et renforcer sa position au niveau européen.

La chancelière allemande Angela Merkel, l’a aussitôt félicité pour sa « majorité parlementaire nette », selon son porte-parole. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s’est également réjoui publiquement de ces résultats.

Cette victoire est cependant entachée par le niveau de l’abstention, qui devrait dépasser 56%, selon plusieurs instituts. Ce record historique s’explique par la victoire annoncée du parti présidentiel, un long marathon électoral entamé en octobre dernier avec les primaires de la droite, marquant un désintérêt croissant pour la politique.

« Notre peuple est entré dans une forme de grève générale civique », a commenté le tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, lui-même élu à Marseille dimanche.

Le mouvement présidentiel a balayé les partis traditionnels, droite et gauche, qui structurent la vie politique française depuis des décennies, mais sans obtenir le raz-de-marée annoncé par certains sondages.

« Nous obtenons une majorité nette mais en même temps les Français n’ont pas voulu signer de chèque en blanc », a commenté le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner.

Les six membres du gouvernement qui avaient décidé de se présenter à ce scrutin (Richard Ferrand, Bruno Le Maire, Mounir Mahjoubi, Marielle de Sarnez, Christophe Castaner, Annick Girardin) ont tous été élus.

Loin derrière, le parti de droite Les Républicains et ses alliés centristes obtiennent entre 126 et 131 sièges, après une campagne présidentielle plombée par les affaires de leur candidat François Fillon. « Plus qu’une défaite, c’est la fin d’une époque », a commenté l’ex-ministre de droite Valérie Pécresse.

Le chef de file des Républicains, François Baroin, s’est félicité que le nombre de députés soit « suffisamment important pour faire valoir les convictions » de la droite. Mais, à droite comme à gauche, les « macron-compatibles » risquent de brouiller les lignes.

A gauche, le Parti Socialiste, qui contrôlait la moitié de l’Assemblée sortante, est réduit à peau de chagrin. Le PS reste cependant la principale force de gauche, avec 45 à 50 députés, devant la gauche radicale et communiste (de 23 à 29 élus).

« La défaite de la gauche est incontournable, la déroute du Parti socialiste, sans appel », a reconnu le patron du parti, Jean-Christophe Cambadélis, annonçant sa démission.

Manuel Valls, l’ancien Premier ministre de François Hollande, a revendiqué la victoire dans la première circonscription de l’Essonne avec seulement 139 voix d’avance, selon ses dires. Son opposante de la France insoumise Farida Amrani a également crié victoire et annoncé introduire un recours.

Seize autres anciens ministres du dernier quinquennat ont été éliminés au premier ou au deuxième tour.

Enfin, l’extrême droite française obtiendrait entre six et huit sièges, contre deux en 2012. La patronne du Front national Marine Le Pen, députée européenne, entre pour la première fois à l’Assemblée nationale, après une tentative ratée en 2012.

« Face à ce bloc mastodonte du système, nous sommes la seule force de résistance à la dilution de la France », a-t-elle commenté. Mais le faible nombre d’élus du FN sonne le glas de ses espoirs nés de la vague nationaliste en Europe et du score historique (33,9%) atteint au second tour de la présidentielle.

Le FN ne pourra pas former de groupe parlementaire, qui requiert un minimum de quinze députés. Son vice-président Florian Philippot a lui été défait dans la sixième circonscription de la Moselle.

Ces élections législatives marquent par ailleurs un profond renouvellement: le mouvement REM a fait appel à de nouveaux visages, alors que des ténors chevronnés ont été battus.

Certains adversaires de M. Macron se sont inquiétés de la profonde inexpérience des nouveaux députés REM et de leur soumission supposée au président.

« Les députés En marche! vont avoir le petit doigt sur la couture », a critiqué François Baroin.

Dans cette configuration, le chef de l’Etat, qui « marche sur l’eau » selon le journal The Economist, a les coudées franches pour lancer ses réformes, avec trois priorités annoncées: moraliser la vie politique, réformer le droit du travail et renforcer l’arsenal de lutte contre le terrorisme.

Cet Européen convaincu qui souhaite « une France forte dans une Europe forte » doit aussi se rendre à Bruxelles cette semaine pour un conseil européen, alors que commencent les négociations sur le Brexit.

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