Le président américain, qui n’a cessé de mettre en scène sa proximité avec Israël, a achevé sa visite sans préciser ses intentions pour parvenir à la paix.



Beaucoup de pompe et d’optimisme, mais rien de concret. La visite de 28 heures de Donald Trump en Israël, agrémentée d’un bref passage en Cisjordanie, s’est conclue mardi 23 mai comme elle avait commencé : dans le flou. Le président des Etats-Unis a multiplié les gestes symboliques destinés à ravir ses hôtes israéliens. Il s’est incliné devant le mur des Lamentations, il a effectué la visite traditionnelle à Yad Vashem pour rendre hommage aux victimes de l’Holocauste. Mais il n’a dessiné ni méthode, ni calendrier, ni horizon pour permettre de relancer des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Le chef d’Etat américain n’a jamais fait référence à une solution à deux Etats, à la colonisation israélienne, encore moins à l’occupation, dont le 50e anniversaire sera commémoré dans quelques jours. En revanche, il a usé jusqu’à satiété du mot « paix », un terme consensuel qui ne fâche personne.

Le discours de M. Trump au musée d’Israël, point d’orgue de sa visite, était très attendu mardi. Il n’a livré aucune surprise, à la grande satisfaction du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.

Le locataire de la Maison Blanche a rendu un long hommage au peuple juif et à ses liens millénaires avec la ville de Jérusalem, assurant que son administration « sera[it] toujours aux côtés d’Israël ». M. Trump s’est félicité de l’entretien qu’il avait eu dans la matinée avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Bethléem, en Cisjordanie. « Je peux vous dire qu’il est prêt à parvenir à un accord de paix, a-t-il assuré. Faire la paix ne sera pas facile. Nous le savons tous. Les deux parties devront faire face à des décisions difficiles. »

Trump défend « le rôle vital de l’Etat d’Israël »

La principale rupture par rapport aux positions de son prédécesseur Barack Obama concerne l’hostilité ouverte envers le régime iranien. M. Trump est revenu sur le sommet « historique » de Riyad, ayant réuni le président américain et des dirigeants arabes dans la capitale saoudienne dimanche 21 mai, dans lequel il a perçu une volonté de « surmonter les divisions sectaires et religieuses ».

« Mon message à ce sommet est le même que celui pour vous : nous devons construire une coalition de partenaires qui partagent le même objectif d’éradiquer l’extrémisme et la violence, et d’assurer à nos enfants un futur de paix et d’espoir, a-t-il dit. Mais un futur d’espoir pour les enfants au Moyen-Orient nécessite que le monde reconnaisse pleinement le rôle vital de l’Etat d’Israël. »

Le chef de gouvernement israélien et l’assistance, où avaient pris place ses principaux ministres, ont chaleureusement applaudi. M. Nétanyahou, qui n’a reculé devant rien pour illustrer sa complicité avec M. Trump, a vu ses efforts récompensés : le président américain a fait de l’arrêt des incitations à la violence une exigence vis-à-vis des dirigeants palestiniens, tandis qu’il n’en a posé aucune, du moins publiquement, à l’adresse d’Israël.

« Le financement et la récompense du terrorisme doivent cesser, a dit M. Nétanyahou, prenant la parole avant M. Trump. Le président Abbas a condamné l’horrifiante attaque de Manchester. J’espère que cela illustre un vrai changement, parce que si l’assaillant avait été palestinien, la famille du kamikaze aurait reçu un salaire de l’Autorité palestinienne. C’est la loi palestinienne. Cette loi doit être changée. »

Réchauffement des relations

L’administration américaine, à la suite du gouvernement israélien, critique vivement le système d’aides sociales qui existe depuis des décennies à l’intention des familles des « martyrs » palestiniens, qu’ils soient auteurs d’attaques, prisonniers ou victimes des soldats israéliens. Mardi matin à Bethléem, M. Trump a mis en garde son hôte palestinien, de façon indirecte : « La paix ne peut jamais prendre racine dans un environnement où la violence est tolérée, financée et même récompensée » a-t-il dit.

M. Abbas, lui, fut le seul à parler, plus concrètement, de la solution à deux Etats, avec « le long des frontières de 1967, un Etat palestinien ayant pour capitale Jérusalem-Est vivant aux côtés de l’Etat d’Israël dans la sécurité et la paix ». Mais l’entourage de M. Abbas n’exprime pas d’amertume, comme si la main tendue de M. Trump représentait la seule façon, pour l’Autorité palestinienne, de tenir la tête hors de l’eau.

M. Trump s’est dit « profondément convaincu que, si Israël et les Palestiniens peuvent faire la paix, cela lancera un processus de paix dans l’ensemble du Moyen-Orient ». L’occupant du bureau Ovale semblait ainsi adopter la logique inverse de celle de M. Nétanyahou, qui rêve d’une normalisation des relations entre l’Etat hébreu et les pays arabes sunnites, avant tout progrès substantiel vers une paix avec les Palestiniens.

Mais, en dehors de cette différence de priorité, et de l’absence de reconnaissance officielle de Jérusalem comme capitale d’Israël par Washington, M. Nétanyahou n’a aucune raison de se plaindre. L’ère des relations polaires avec M. Obama paraît bien loin.

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