«L’usage de sprays au gaz poivre par la police à Calais est tellement répandu que beaucoup de demandeurs d’asile et de migrants avaient du mal à se rappeler précisément combien de fois ils en avaient été victimes», souligne ce rapport intitulé «C’est comme vivre en enfer».

Cécité temporaire, forte douleur

Sur 61 migrants interrogés par l’organisation entre fin juin et début juillet, 55 avaient été aspergés au cours des deux semaines précédant l’entretien, et certains assuraient l’avoir été tous les jours. Le gaz poivre cause «une cécité temporaire, de fortes douleurs oculaires et des difficultés respiratoires, qui durent en général de 30 à 40 minutes».

Ce rapport fait écho aux inquiétudes d’associations liées au durcissement des forces de l’ordre à l’égard des migrants revenus à Calais après le démantèlement de la «Jungle» en octobre. Ces associations publient régulièrement des vidéos pour alerter les autorités et l’opinion publique sur ce qu’il se passe à Calais, comme celle-ci, mise en ligne hier : 

L’association dénonce également un harcèlement policier envers les bénévoles. « Nous avons été contrôlés deux fois en une heure. C’était la même situation, la même distribution, pourtant nous avons eu deux contrôles d’identité », raconte une bénévole à L’Express. « Le but : perturber les distributions alimentaires, ainsi qu’empêcher les travailleurs humanitaires d’observer comment les policiers traitent les migrants ».

« Ils ont dans l’idée que c’est à cause des bénévoles que les migrants viennent ici », résume un autre bénévole.

« On ne facilite pas la vie des policiers en laissant faire ces abus, cela rabaisse leur profession et ne constitue pas une solution », estime la directrice de HRW.

Policiers et gouvernement se défendent de tout excès

Le préfet du Pas-de-Calais Fabien Sudry a «réfuté catégoriquement les allégations mensongères et calomnieuses» contenues dans le rapport de HRW, qui «ne reposent sur aucun fondement vérifié» selon lui.

«C’est un dossier à charge», a pour sa part réagi David Michaux, secrétaire national du syndicat UNSA Police chargé des CRS, pour qui «les CRS n’ont plus de contacts avec les migrants».

«On les repousse de temps en temps lors des tentatives d’intrusion à l’aide de gaz lacrymo mais c’est de plus en plus rare», a-t-il affirmé.

Lors de sa visite à Calais, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait salué « la grande humanité » du travail des forces de l’ordre. «Il n’y a pas d’un côté les policiers, les gendarmes qui seraient agressifs et de l’autre des migrants qui seraient d’une douceur légendaire», avait-il fait valoir.

Le Défenseur des droits Jacques Toubon s’était inquiété mi-juin d’atteintes aux droits «d’une exceptionnelle et inédite gravité» à Calais, mentionnant une «traque» des migrants et exhortant les pouvoirs publics à «ne pas s’obstiner dans ce qui s’apparente à un déni d’existence des exilés».

Selon la directrice de HRW, ces agissements policiers auraient pour objectif d’éviter que les migrants de se réinstallent à Calais.

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