Le verre qui était cassé depuis que François Hollande était tombé a été remplacé en même temps que le portrait du président de la République. Dans la salle des mariages de la mairie de Mirebeau, c’est désormais Emmanuel Macron, le derrière posé sur un coin de bureau, qui accueille les visiteurs, juste au-dessus du buste de Marianne.

Au passage, l’employé municipal chargé de cette mission en a profité pour retirer les photos de François Mitterrand, de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy qui se trouvaient encore dans le vieux cadre. « On va les ranger quelque part. On ne va quand même pas les mettre à la poubelle », assure le maire, Daniel Girardeau, qui ne se dit pourtant « pas plus attaché que ça » à cet usage républicain.

«  Une marque de respect  »

Depuis le 12 juillet dernier, les 450 portraits du président de la République destinés aux sièges des collectivités et aux administrations du département sont disponibles à la préfecture de la Vienne. Le maire de Mirebeau, lui, a retiré le sien le 27 juillet, à l’occasion d’une réunion à Poitiers sur l’avenir de la communauté de communes du Haut-Poitou.
« Il ne s’agit pas de faire allégeance au nouveau chef de l’État mais d’une marque de respect à l’égard du président élu par le peuple », estime Yves Bouloux, maire de Montmorillon et président de l’association des maires de la Vienne. « Je trouve cet usage plutôt bienvenu, qu’on aime ou pas le président, qu’on partage ou non ses idées. Alors que nous connaissons des dérapages extrémistes, que des élus sont agressés sur des marchés, je trouve plus important que jamais que les règles de la République soient respectées ; c’est un socle moral. »
L’élu le précise, il s’agit bien d’un usage et non d’une obligation faite aux mairies. A Poitiers où la devise républicaine « Liberté Égalité Fraternité » figure désormais au fronton des écoles et de tous les bâtiments municipaux, le portrait d’Emmanuel Macron a été accroché en mairie vendredi matin. Ailleurs, il le sera progressivement et son format inhabituel (il fait cinq centimètres de plus que l’ancien portait en largeur) ne semble pas poser de problème majeur. A Montmorillon, par exemple, un vieux cadre adapté a été trouvé dans les réserves.

Depuis Adolphe Thiers

Pour les amateurs de portraits présidentiels, une visite de la salle du conseil s’impose à Neuville-de-Poitou. Récemment rénovée, cette salle devrait prochainement accueillir la photo d’Emmanuel Macron en même temps qu’elle retrouvera les portraits de ses vingt-quatre prédécesseurs depuis Adolphe Thiers, premier président de la IIIe République. Dans cette insolite galerie des présidents, seul manque le portrait de Louis-Napoléon Bonaparte, premier président de la République entre 1848 et 1851.
Valéry Giscard d’Estaing avait été le premier à poser en costume-cravate, sans l’écharpe rouge du Grand Maître de l’ordre de la Légion d’honneur, le premier aussi à opter pour un format horizontal. Jacques Chirac avait été le premier à se faire photographier en extérieur, dans le jardin de l’Élysée. Emmanuel Macron, lui, est non seulement le premier à poser devant une fenêtre ouverte mais aussi avec deux smartphones posés sur son bureau.

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 > Le portrait officiel est-il obligatoire dans les bâtiments publics ? « L’apposition dans les mairies de la photographie officielle du président de la République ne relève ni d’un texte législatif ou réglementaire ni d’une règle coutumière reconnue par la jurisprudence. Il est d’un usage courant et conforme à la tradition républicaine », selon la préfecture. Rien d’obligatoire donc, mais un geste républicain habituel. D’ailleurs, la question avait été posée à l’Assemblée nationale, et la réponse précisait encore : « Cette pratique, profondément ancrée dans notre démocratie, témoigne, au-delà de toute considération partisane, du respect qu’appellent les hautes fonctions exercées par le chef de l’État… »
 > Où s’affiche-t-il ? Le nouveau portrait officiel du président de la République remplace celui du précédent, François Hollande. Il est destiné aux élus (maires, sénateurs, députés, conseil départemental et conseil régional à Poitiers) ainsi qu’aux administrations du département (directions départementales interministérielles, directions régionales, forces de l’ordre, rectorat, tribunal, préfecture à Poitiers, sous-préfectures). Les anciens portraits sont généralement archivés.

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