Les institutions de la Ve République ont une place à part dans notre histoire institutionnelle. Elles en constituent une forme d’aboutissement, de synthèse parfaite renouant avec l’inconscient monarchique qui traverse notre pays.

À gauche, elles ont presque toujours été décriées, sauf par un homme: François Mitterrand… On leur reprochait leur côté monarchique. A droite, c’était le centralisme excessif qui était dénoncé par la famille libérale.

La Ve République semblait condamnée à brève échéance. Il faut dire qu’en matière institutionnelle, la survie de l’édifice dépend aussi de sa correcte utilisation, et il faut bien constater que depuis François Mitterrand nos institutions ont été malmenées.

Il y eut la présidence de Chirac avec une cohabitation de 5 ans, l’omniprésidence de Sarkozy, la Présidence inaudible de Hollande.

D’abord, il y eut la Présidence de Jacques Chirac avec une cohabitation de 5 ans consécutive à une dissolution, il y eut ensuite l’omniprésidence de Nicolas Sarkozy qui a fini par dissoudre la fonction. Enfin, il y eut la Présidence inaudible de François Hollande où la théorisation de la normalité de l’émetteur a achevé la fonction elle-même.

Emmanuel Macron arrive dans ce contexte et à un moment singulier, celui où la plupart des cadres de corps intermédiaires et leaders d’opinion ne veulent plus croire à l’inconscient monarchique qui traverse le pays.

La force d’Emmanuel Macron est de vouloir croire à la pérennité de ce substrat qui continue à irriguer notre pays. Il a raison et doit sans doute cette conviction à sa réelle culture historique. Roger Cohen, l’éditorialiste du New York Times qui scrute avec bienveillance notre pays, évoque une France réduite à l’état d’archipel sans pont pour réunir les différentes îles… Le sociologue Jean-Pierre Le Goff parle d’une France morcelée… Des constats semblables qui montrent l’absence d’une figure centrale capable de souder la nation dans toutes ses composantes.

La force d’Emmanuel Macron est de vouloir croire à la pérennité de cet inconscient monarchique qui continue à irriguer notre pays.

Emmanuel Macron tente d’être cette figure. Il a compris que la fracture française entre les élites et le reste du pays passait par le rétablissement d’une fonction présidentielle, d’une figure autoritaire et protectrice. Et comme le souligne un brin amer Jean Glavany, « Emmanuel Macron a plus incarné la république en un mois que François Hollande en 5 ans ».

Dans ces circonstances, Emmanuel Macron a eu raison de réunir le parlement en congrès. Il sait qu’il doit sans cesse réaffirmer sa prééminence pour faire avancer un projet politique singulier, nourri de cultures politiques (la deuxième gauche et la droite girondine) par essence hostiles au bonapartisme de nos institutions. Mais c’est aussi la seule voie pour réussir.

Aujourd’hui plus qu’hier, il faut parvenir à articuler l’horizontalité de la société et la verticalité de la fonction.

Il a compris que la fracture française entre les élites et le reste du pays passait par le rétablissement d’une fonction présidentielle, d’une figure autoritaire et protectrice.

En cela, Emmanuel Macron régénère nos institutions et s’inscrit dans le sillage de François Mitterrand. La critique selon laquelle on assiste à une dérive bonapartiste réside dans les institutions elles-mêmes. François Mitterrand disait aussi, « ces institutions peuvent être dangereuses… Elles l’étaient avant moi, elles le seront après moi ». Et dans cet esprit, les avancées institutionnelles annoncées au Congrès démontrent bien qu’Emmanuel Macron ne dérivera pas vers un pouvoir personnel. Mais en dépit de ces intentions, il peut y avoir une sensation différente.

Valéry Giscard d’Estaing avait peu à peu donné l’impression d’un monarque indifférent au sort du pays, s’enfermant dans son palais élyséen. Cette menace pèse sur tous les présidents. Aussi est-il nécessaire de garder de l’ouverture pour entretenir ce point d’équilibre entre verticalité et horizontalité.

Ce 3 juillet à Versailles, nul coup d’Etat, juste le retour de l’État, et cela est salutaire et constitue sans doute le meilleur rempart contre l’extrême droite.

 

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