Armées, CSG, APL :

une série de couacs a dessiné le premier trou d’air pour Emmanuel Macron. Car pour soigner un malade, on ne commence pas par prolonger une thérapie inopérante depuis des années. Pour réformer un pays, on n’annonce pas un traitement de substitution si c’est pour continuer comme avant.

Personne ne peut comprendre que l’on gèle 850 millions de dépenses militaires quand on doit, une semaine plus tard et sous la contrainte, dégeler 1,2 milliard de crédits et que l’on assure vouloir porter l’effort de défense de 33 à 50 milliards en 2025.

Aucun militaire ne peut admettre que le porte-parole du gouvernement prononce la phrase de trop sur le général de Villiers pour un différend qui aurait été mieux traité en se parlant directement.

Aucune famille modeste, aucun jeune, ne peut comprendre que l’on baisse l’allocation logement de 5 €, sans rien résoudre du tout, quand on promet de remédier à son injustice – l’APL ne tient pas compte des revenus – et que l’on allège parallèlement l’ISF.

Emmanuel Macron a raison de vouloir réduire les dépenses de fonctionnement qui découragent l’effort et concentrer l’effort sur l’investissement. De vouloir réformer les presque 30 milliards d’aides sociales et fiscales au logement qui encouragent la flambée des loyers et des prix sans résoudre le mal-logement. D’inciter les collectivités à mieux s’organiser.

Mais le faire brutalement, au détriment des plus fragiles, les étudiants par exemple, peut être une étincelle. On a vu des incendies prendre pour moins que cela. L’important n’est pas la somme en jeu, mais le message politique adressé.

L’opinion à l’affût

Il y a toujours un atterrissage quelques mois après l’élection. Mais la chute d’EmmanuelMacron et d’Édouard Philippe, dans des sondages réalisés avant le cafouillage autour de l’APL, tient beaucoup à cette difficulté à donner du sens aux décisions, de la cohérence entre l’immédiat et le long terme.

Passer d’une politique à l’autre, gérer les « coups partis », est assez difficile sans qu’il soit utile d’offrir, avec les réformes, le bâton pour se faire battre.

Les Français sont inquiets. Les uns le sont à l’idée que ce pouvoir qu’ils ont élu n’irait pas assez loin dans le sens d’une libéralisation des énergies. Les autres le sont par crainte que cette libéralisation ne se traduise pour eux par une plus grande exposition au risque.

Les uns se demandent si les protections nouvelles, l’extension du droit au chômage, la fin du Régime social des indépendants se feront effectivement. Les autres s’inquiètent d’une éventuelle modulation des droits sociaux.

Les uns ont intégré qu’ils paieront plus de CSG. Les autres se demandent si leurs salaires augmenteront bien ou si leur taxe d’habitation baissera effectivement.

Montée des tensions

Toute réforme déstabilise. Tout changement renforce les conservatismes. Mais c’est encore pire si, après avoir promis plus de justice et de pédagogie, on commence par prolonger les méthodes que l’on a décriées. Et si on fait comme si une majorité parlementaire suffisait.

Lire aussi. Emmanuel Macron. Un sondage ne fait pas le quinquennat [Commentaire]

Ce qu’il faut craindre, à la suite de ces messages troublants, ce ne sont pas les oppositions à l’Assemblée nationale. Quand on a été élu en partie au bénéfice du doute, il faut surveiller, non pas un sondage, mais les évolutions durables de l’opinion et la montée des tensions autour de sujets sensibles qui ne sont pas toujours ceux que l’on avait anticipés.

Source link

Commentaire Facebook