Porte-parole de Donald Trump, un métier miné

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Sean Spicer, le porte-parole caméléon de la Maison-Blanche, est passé par trois phases. Au début de son mandat, il apparaissait devant les journalistes nerveux, agressif, la mâchoire serrée, le regard inquiet et le front luisant. Puis, deux ou trois boulettes plus tard, il a commencé à se détendre, se révélant même parfois blagueur. La troisième phase? Elle est plus cruelle. C’est un peu un retour à la première. Sauf que, cette fois, Sean Spicer n’a pas peur des médias, mais du président lui-même.

Cacophonie et désorganisation

Le métier de porte-parole de Donald Trump est miné en permanence. Comment gérer la communication d’un homme qui concède ne pas trop se soucier de la vérité, qui tweete de manière intempestive sans écouter ses conseillers et qui est capable de changer d’avis sur un coup de tête, le tout alors que les révélations sur l’«affaire russe» fusent? Sean Spicer commence à sentir les limites de l’exercice. Aux dernières nouvelles, il serait sur un siège éjectable.

Comme le souligne Politico, ses points presse quotidiens, généralement organisés en début d’après-midi, pourraient être réaménagés. Sean Spicer devrait perdre en visibilité. Lors d’une de ses dernières apparitions, c’est d’ailleurs le général H. R. McMaster, conseiller à la sécurité nationale du président, qui a été poussé devant le micro, pour réagir aux révélations sur les dessous de la rencontre entre Donald Trump et le ministre russe Sergueï Lavrov.

Peu à l’aise dans cet exercice, il a été contredit le lendemain par un tweet présidentiel. C’est une des méthodes de Donald Trump: il livre ses proches en pâture, comme des boucliers humains, sans hésiter à les contredire ou à s’en désolidariser par la suite. Pour les concernés, cette situation est des plus gênantes. Elle ne fait qu’accentuer l’impression de cacophonie et de désorganisation qui émane ces jours de la Maison-Blanche.

Le faux pas guette en permanence

S’il est le plus exposé, Sean Spicer n’est pas le seul à «gérer» la communication présidentielle. Son adjointe, Sarah Huckabee Sanders, l’a souvent remplacé ces derniers temps. Mike Dubke est plus discret. C’est pourtant lui, le directeur de communication. Et puis, il y a Kellyanne Conway. Fidèle conseillère personnelle de Donald Trump, la reine des «faits alternatifs» et du «massacre de Bowling Green» qui n’a jamais eu lieu était, avant Sean Spicer, celle que l’on voyait le plus à la télévision.

C’est elle qui est venue à la rescousse du porte-parole, pris en flagrant délit de mauvaise foi lorsqu’il a déclaré que la cérémonie d’investiture était «la plus fréquentée de toute l’histoire des Etats-Unis» – en parlant des fameux «faits alternatifs». Mais elle semble aussi tombée en disgrâce. Jared Kushner, l’omniprésent gendre du président, s’occupe désormais de certains dossiers (vétérans, opiacées) dont elle avait la charge.

Des têtes vont-elles tomber, alors que Donald Trump a plus que jamais besoin d’une communication claire? Sean Spicer, qui officiait avant comme stratège au sein du Comité national républicain, pourrait être tenté de partir de lui-même, tant défendre des positions obscures du président est à la fois épuisant et risqué. Le faux pas guette en permanence. Il vient par ailleurs d’avaler une nouvelle couleuvre: comme fervent catholique, rencontrer le pape était un de ses objectifs, mais il a été écarté au dernier moment de la délégation. Donald Trump serait rancunier: il lui reproche d’avoir mal géré les différentes révélations médiatiques qui l’affaiblissent.

Tous les portables confisqués

Ces fuites répétées créent une ambiance délétère à la Maison-Blanche, déjà divisée par une guerre des clans. Un des proches de Donald Trump est soupçonné d’alimenter les médias. Sean Spicer a d’ailleurs un jour confisqué les téléphones portables de toute son équipe, pour les vérifier. Il a aussi déclenché lui-même des polémiques. En avril, il avait suggéré que Bachar el-Assad était «pire que Hitler», qui n’avait «jamais utilisé d’armes chimiques». Des propos interprétés comme une négation de l’existence des chambres à gaz. Il a dû s’excuser.

Journalistes éloignés

Les rapports de l’administration Trump avec les médias américains sont complexes. Donald Trump, qui s’en prend régulièrement au New York Times et à CNN, n’a pas participé au gala annuel des correspondants de la Maison-Blanche et a plusieurs fois menacé de supprimer les points presse ou d’en écarter certains médias. Autre sujet d’inquiétude: parmi les journalistes qui ont obtenu une accréditation pour la Maison-Blanche figurent des représentants de médias de l’alt-right, comme Breitbart News ou Infowars, adepte de théories du complot.

Fin février, Donald Trump avait lui-même déclaré, lors d’une interview à Fox News: «Je pense que je me donnerais un A au niveau de ce que j’ai vraiment fait, mais un C ou un C + pour ce qui est de la communication.» Tant qu’il continuera à vouloir la gérer lui-même en court-circuitant ses conseillers, le rôle de porte-parole se résumera à une tâche ingrate. En attendant, son premier voyage à l’étranger a confirmé une nouvelle tendance: tenir les journalistes à l’écart. Plusieurs médias accrédités l’ont suivi dans son périple, sans se sentir les bienvenus. Ils n’ont pas eu droit au moindre point presse du président.

En Arabie saoudite en début de semaine, le secrétaire d’Etat Rex Tillerson avait fait pire. Il s’est exprimé devant des journalistes saoudiens et étrangers, en «oubliant» d’inviter les représentants des médias américains qui étaient du voyage.

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