Coup de théâtre, 32 ans après la mort du petit Grégory: son grand-oncle et sa grand-tante, Marcel et Jacqueline Jacob, ont été inculpés vendredi pour enlèvement et séquestration suivie de mort, dans l’une des affaires les plus énigmatiques de l’histoire criminelle française.

Marcel Jacob, 71 ans, l’oncle du père de l’enfant de quatre ans retrouvé mort pieds et poings liés dans un cours d’eau en octobre 1984 dans l’est de la France, a été placé en détention provisoire. Tout comme son épouse Jacqueline, 72 ans.

« A l’évidence, Grégory a été enlevé du domicile de ses parents et retenu un certain temps jusqu’à sa mort », a assuré devant la presse le procureur de la République de Dijon (centre-est) Jean-Jacques Bosc.

Le couple a nié toute implication mais ne présente pas en l’état d’alibi qui soit « confirmé ou étayé », a encore affirmé le magistrat. Ils avaient été placés en garde à vue mercredi, après leur interpellation dans les Vosges (nord-est).

L’avocat de M. Jacob a jugé « criminel de jeter en pâture le nom d’un couple », alors que la justice « n’a aucun élément matériel, rien » à leur encontre. « On a mis la charrue avant les b?ufs », a estimé Me Stéphane Giuranna.

C’est un rebondissement majeur dans cette affaire qui a tenu en haleine la France pendant trois décennies, fait l’objet de 3.000 articles de presse, une cinquantaine de travaux universitaires, un téléfilm et une quinzaine d’ouvrages.

Le procureur Bosc avait désigné jeudi Jacqueline Jacob comme l’un des corbeaux de l’affaire.

Une belle-soeur du père de Grégory, Ginette Villemin, placée en garde à vue en même temps qu’eux, a été remise en liberté jeudi. Et les grands-parents paternels de l’enfant ont eux été entendus comme témoins à leur domicile.

Selon une source proche du dossier, Jacqueline Jacob est restée mutique en garde à vue et son mari s’est contenté d’affirmer qu’il ne se rappelait de rien face aux gendarmes, qui tentent de démêler les haines qui déchiraient la famille.

– Vengeance familiale –

Marcel Jacob et Michel Villemin, frère de Jean-Marie, étaient très liés à Bernard Laroche, premier suspect de l’affaire, tué en 1985 par Jean-Marie, son cousin qui le pensait coupable.

Et c’est le « clan Laroche » qui se retrouve de nouveau au centre de l’enquête, relancée par l’analyse graphologique des lettres de menaces et autres courriers anonymes qui foisonnent dans le dossier, à défaut d’analyses ADN probantes.

« Les investigations montrent que plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime », avait affirmé jeudi le procureur Bosc.

De nouvelles expertises d’une lettre de menaces, manuscrite et anonyme, adressée en 1983 au père de Grégory, orientent les soupçons sur Jacqueline Jacob.

Les enquêteurs s’étaient aussi penchés à de nombreuses reprises sur un mystérieux « corbeau » ayant revendiqué le meurtre de l’enfant, en invoquant une « vengeance » dans une lettre postée apparemment avant la découverte du corps, en 1984.

Marcel Jacob a déjà été soupçonné, durant la procédure, d’avoir endossé le rôle du « corbeau », mais il n’avait jamais été inquiété jusque-là.

Un logiciel d’analyse criminelle, conçu par la gendarmerie et fréquemment utilisé pour résoudre les « cold cases », a permis d’avoir « un regard neuf sur la procédure » en reconstituant la chronologie avant et après le crime et en pointant des incohérences « qui avaient jusque-là échappé aux enquêteurs ».

Les premières investigations sur l’affaire avaient été bâclées: les gendarmes avaient oublié de relever les traces de pneus près de la rivière, les prélèvements sur le terrain avaient été mal collectés, l’autopsie de l’enfant avait été incomplète. La leçon a été tirée de ce fiasco: une véritable police technique et scientifique a depuis été mise sur pied.

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