Macron: Opération reconquête sous haute surveillance

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Emmanuel Macron salue un militaire lors d'une visite à Istres le 20 juillet 2017
Emmanuel Macron salue un militaire lors d’une visite à Istres le 20 juillet 2017 — Arnold JEROCKI / POOL / AFP

Les qualificatifs élogieux se succèdent dans la bouche du président de la République, face aux 500 militaires de tous les corps de l’armée présents sur le tarmac de la base aérienne d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône, ce jeudi 20 juillet. Le chef des armées salue tour à tour la « rigueur », la « force de caractère », « l’humilité » des militaires, se disant « fier » d’eux.

Il faut dire que le contexte est tout particulier, puisqu’il y a seulement 24 heures, le chef d’état-major Pierre de Villiers a démissionné de son poste à la suite de
désaccords avec le chef de l’Etat, notamment sur les restrictions budgétaires annoncées dans le domaine de l’équipement militaire. Alors, sous un soleil de plomb, Emmanuel Macron a dirigé une opération séduction, multipliant les hommages envers les troupes présentes et adoptant un discours teinté de compassion (« Je sais l’ingratitude que c’est de revenir d’une mission qu’on ne peut raconter »).

 

Avant de regagner Paris, le président a également pris le temps de saluer quelques militaires, ayant un mot chaleureux pour chacun. « Embrassez Saint-Dizier pour moi ! » « Merci pour ce fanion, ça me touche beaucoup », « Je reviendrai vous voir. » Plus tôt dans la journée, il s’est attelé à s’intéresser à eux, écoutant leurs explications sur les avions présents. Une vraie fierté pour certains. « C’est notre chef, c’est un honneur de montrer notre savoir-faire », confie ainsi le capitaine Combes.

« De toute façon, il ne vous répondra pas »

Du côté des autorités, on assure que cette visite était prévue de longue date, « au moins depuis trois semaines ». Mais difficile de pas y voir une vaste opération de communication après les récentes polémiques qui auraient distendu le lien entre l’Elysée et la grande muette. Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on affirme ainsi que les derniers événements ne constituent en rien une crise, mais que le choix budgétaire du président relève d’un arbitrage qu’il doit faire, « les dépositaires de l’intérêt général étant ceux élus par le suffrage national ».

L’opération reconquête s’est faite loin des caméras. Certains journalistes, non affiliés au « pool », étaient priés de rester à l’écart, derrière un ruban. Aucun moment prévu du côté d’Emmanuel Macron pour que les médias posent leurs questions. « De toute façon, il ne vous répondra pas », affirme l’entourage du président. Une stratégie assumée du côté de l’Elysée, qui invoque à la fois un timing serré et une question de « respect » vis-à-vis des militaires qu’Emmanuel Macron est venu saluer. « Ce n’est pas une conférence de presse », argue-t-on. Une bonne manière également de ne pas rallumer l’incendie…

 

« C’est loin de nous »

Est-ce pour cette raison que la grande majorité des militaires présents ont reçu pour consigne de ne pas parler à la presse ? Du côté des quelques gradés autorisés à prendre la parole, là aussi, le ton se voulait rassurant lorsqu’on les interrogeait sur les récents débats autour de la vétusté des équipements militaires. « La base aérienne d’Istres a les moyens de ses ambitions, affirme ainsi le colonel Alexis Rougier, qui la commande. Elle a ses fragilités, mais c’est le lot de toutes les administrations… » Les 14 avions ravitailleurs de la base datent ainsi des années 1960, mais leur remplacement est prévu à partir de septembre 2018.

Sous le sceau de l’anonymat, les autres militaires présents manifestent une certaine indifférence aux soubresauts de ces derniers jours. « C’est loin de nous, à 800 kilomètres », soupire l’un. « Du politique, des histoires entre chefs », avance l’autre. La matinée avait commencé sous la pluie, avant qu’un grand soleil ne s’installe sur le tarmac d’Istres. Les prochaines semaines permettront de dire si l’épisode Villiers n’était qu’une averse ou un long orage qui fera longtemps gronder l’armée…

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