Murielle Bolle restera-t-elle sous les verrous ou va-t-elle bénéficier, comme les époux Jacob, d’un contrôle judiciaire ? La chambre de l’instruction de Dijon doit décider ce mardi du sort de ce témoin clé de l’affaire Grégory en 1984, suspecté aujourd’hui d’enlèvement. 

Murielle Bolle est arrivée vers 8h20 à bord d’un fourgon, dissimulée du regard de la presse, suivie par Me Thierry Moser, avocat des parents de Grégory, qui n’a pas fait de déclarations.

Décision rendue à 16 heures

A 12h30, l’audience était terminée. Le procureur général Jean-Jacques Bosc a demandé le maintien en détention de Murielle Bolle tandis que son avocat, Me Jean-Paul Teyssonnier, a plaidé pour une remise en liberté sous contrôle judiciaire, rapportent nos confrères de l’Est républicain. La décision de la chambre de l’accusation, présidée par la juge Barbier, sera rendue à 16 heures.

Cette femme de 48 ans, qui en avait 15 à l’époque, a été mise en examen et écrouée à titre conservatoire, jeudi. En cause, son témoignage d’il y a 32 ans dans lequel elle accusait Bernard Laroche du rapt du garçon de 4 ans retrouvé mort dans la Vologne. Avant de se rétracter brusquement.

Ce 16 octobre 1984, son beau-frère est-il venu la chercher en voiture à la sortie du collège avant de passer prendre Grégory chez ses parents, comme elle l’avait d’abord raconté aux gendarmes puis au juge Lambert ? Ou bien l’a-t-on forcée à le dire, comme elle l’avait affirmé le lendemain – ce qu’elle maintient depuis ?

Trois décennies après cette volte-face, l’accusation veut démêler le vrai du faux. Selon « un témoignage très précis » d’un cousin éloigné, la rétractation de Murielle Bolle aurait été due à des violences de son entourage.

« Ah non, non, non! Je ne l’ai pas battue! »

Alors qu’un cousin éloigné affirme que Murielle Bolle aurait été violentée par ses parents et sa soeur Marie-Ange, et que ce serait ces violences qui l’auraient conduite à revenir sur son premier témoignage, Lucien Bolle dément formellement.

Interrogé par nos confrères de Paris Match, le père de Murielle Bolle, âgé 88 ans, affirme : «Ah non, non, non! Je ne l’ai pas battue! On s’est expliqué, mais c’est tout.»

Les derniers rebondissements de l’affaire

14 juin : l’affaire relancée

Trois membres de la famille du père de Grégory, Jean-Marie Villemin, sont arrêtés par les gendarmes et interrogés en garde à vue à Dijon. Il s’agit de Marcel Jacob, 72 ans, grand-oncle de Grégory, de sa femme Jacqueline, 72 ans, ainsi que d’une tante de l’enfant, Ginette Villemin, 61 ans.

Les grands-parents paternels de Grégory, Albert et Monique, sont entendus libres, comme témoins.

Le procureur général de Dijon, Jean-Jacques Bosc, précise que ces personnes sont «très proches du coeur de l’affaire» et que les arrestations ont notamment eu lieu pour «complicité d’assassinat» et «non-assistance à personne en danger».

Jamais inquiétés jusqu’alors même si leurs noms figuraient dans les méandres de la procédure, les trois gardés à vue font partie du «clan Laroche». Bernard Laroche, cousin du père de Grégory et premier suspect de l’affaire, libéré puis tué en 1985 par Jean-Marie Villemin, était très lié à Marcel Jacob et à Michel Villemin, frère de Jean-Marie et défunt époux de Ginette.

L’affaire a été relancée grâce notamment au logiciel d’analyse criminelle Anacrim, qui a permis de reconstituer la chronologie avant et après le crime en pointant des incohérences.

15 juin : plusieurs personnes impliquées

Lors d’une conférence de presse, le procureur général assure ne pas savoir «qui est l’auteur» du crime, en ajoutant que les trois gardés à vue ont invoqué leur droit de garder le silence.

«Plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime», déclare le magistrat. Il évoque un couple, l’homme portant la moustache, ayant procédé à des surveillances quelques jours avant le crime.

Il précise que de nouvelles expertises d’une lettre manuscrite anonyme reçue en 1983 par Jean-Marie Villemin étaient «confondantes» pour Jacqueline Jacob. Une autre lettre de menaces de mort de 1989 «implique» aussi selon lui la grand-mère Monique. La lettre de revendication du 16 octobre 1984 ne désigne pas son auteur actuellement, conclut-il, mais ses termes présentent des similitudes avec celle de 1983.

Ginette Villemin est remise en liberté en fin d’après-midi.

16 juin : les Jacob incarcérés

Marcel et Jacqueline Jacob sont mis en examen pour «enlèvement et séquestration suivie de mort» et incarcérés.
Lors d’une conférence de presse, le procureur général indique qu’ils ont «nié toute participation aux faits». Ceux qui ont enlevé l’enfant sont «les auteurs du crime», estime le magistrat. Marcel et Jacqueline Jacob n’ont pas d’alibi «confirmé ou étayé», selon lui.

20 juin: libérés sous contrôle judiciaire

Marcel et Jacqueline Jacob sont remis en liberté sous contrôle judiciaire par la cour d’appel, avec interdiction de parler à la presse. L’avocat de Marcel Jacob, Me Giuranna, souligne «la faiblesse des charges» et la presse annonce que Marcel Jacob a un alibi.

29 juin : Murielle Bolle incarcérée

Après vingt-quatre heures de garde à vue, Murielle Bolle, 48 ans, est mise en examen pour «enlèvement suivi de mort» et incarcérée jusqu’à une audience fixée au 4 juillet devant décider son maintien ou non en détention.

Agée de 15 ans à l’époque des faits, ce témoin clé avait alors affirmé, avant de se rétracter rapidement, avoir vu son beau-frère Bernard Laroche emmener l’enfant dans sa voiture puis l’avoir déposé quelque part – chez des amis, pensait-elle.

Le procureur général évoque «un témoignage très précis» d’un cousin éloigné selon lequel cette rétractation aurait été due à des violences de son entourage.

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