Le bilan ne cesse de s’alourdir: alors qu’au moins 29 personnes étaient mortes et 24 autres disparues mercredi quand un passeur a délibérément jeté 120 personnes à la mer, 180 autres migrants ont été jetés à l’eau depuis une autre embarcation ce jeudi.

300 Africains jetés à l’eau, volontairement

Au total, en moins de 24 heures, quelque 300 Africains originaire d’Éthiopie ou de Somalie ont été intentionnellement jetés à la mer par des passeurs au large du Yémen. Parmi eux, des dizaines sont morts ou portés disparus.

Jeudi, au moins cinq migrants ont péri et 50 sont portés disparus au large de la province de Chabwa dans le sud du Yémen.

Des tombes creusées à la hâte

Il s’agit du deuxième drame de ce type depuis mercredi, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Yémen: trois ans d’une guerre meurtrière

Déchiré depuis trois ans par une guerre opposant des rebelles pro-iraniens à des forces gouvernementales pro-saoudiennes, le Yémen, pays sans ressources, compte de nombreux camps où s’entassent des milliers de migrants africains.

La guerre a fait près de 8400 morts et quelque 48.000 blessés depuis l’intervention en mars 2015 d’une coalition arabe menée par l’Arabie saoudite, en soutien aux forces gouvernementales, selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé.

L’ONU estime que le Yémen – où une épidémie de choléra a déjà fait plus de 1900 morts – est le théâtre de « la plus grave crise humanitaire dans le monde ».

Certains des migrants africains ont été même des victimes directes du conflit.

En mars dernier, un hélicoptère a tiré sur un bateau de Somaliens au large du Yémen, faisant 42 morts et selon un rapport confidentiel des Nations unies, l’appareil appartenait à la coalition sous commandement saoudien.

L’embarcation transportait 140 personnes, avait précisé l’ONU en dénonçant une violation du droit humanitaire international.

« Nous avons envoyé nos équipes dans la zone. Vingt-cinq passagers blessés du bateau sont actuellement soignés sur la côte du Yémen », a déclaré une porte-parole de l’organisation.

La veille, 120 migrants en provenance des mêmes pays ont été jetés à la mer délibérément à l’approche également de la côte de Chabwa, a rappelé l’OIM, en estimant à environ 50 le nombre de victimes dont 29 ont été découvertes dans des tombes creusées à la hâte sur la plage.

L’espoir d’atteindre les pays du Golfe

L’organisation a dit travailler étroitement avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour donner une sépulture aux morts et soigner les survivants.

Les migrants en provenance de la Corne de l’Afrique continuent d’affluer au Yémen, qui est pourtant un pays pauvre déchiré par la guerre, avec l’espoir d’atteindre les pays du Golfe plus riches, selon l’OIM.

« Les survivants ont dit à nos collègues sur la plage que les passeurs leur avaient demandé de se jeter à la mer après avoir vu ce qui semblait être des représentants des autorités », a indiqué Laurent de Boeck, chef de mission de l’OIM, à propos de l’incident de jeudi.

16 ans d’âge moyen

« Ils nous ont également raconté que les passeurs avaient repris la route de la Somalie pour continuer le même trafic et emmener plus de migrants au Yémen », a-t-il ajouté.

« C’est choquant et inhumain. La souffrance des migrants sur cette route est immense. Beaucoup de jeunes gens paient les passeurs avec l’espoir d’avoir une vie meilleure », a encore dit le responsable, en estimant à 16 ans l’âge moyen des migrants.

Le trafic d’être humains entre la Somalie, où l’autorité de l’État est quasi-nulle, et le Yémen, qui connaît le même phénomène, n’a jamais cessé.

L’OIM estime à 55.000 le nombre de migrants -dont un tiers de femmes- arrivés au Yémen en provenance de la Corne de l’Afrique depuis le début de l’année.

Plus de 30.000 de ces nouveaux migrants ont moins de 18 ans.

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