Vertigineux. C’est l’adjectif qui vient immédiatement à l’esprit. Une affaire que l’on croyait appartenir au passé revient brutalement à la une de l’actualité ce mercredi.

Vers 8 h, les gendarmes de la section de recherche de Dijon ont débarqué dans la vallée de la Vologne, là où il y a un peu plus de 32 ans le petit Grégory Villemin, 4 ans, avait été assassiné. Ils se sont rendus à Aumontzey, un village à quelques kilomètres de Bruyères. Et ils ont interpellé et placé en garde à vue Marcel Jacob, un grand-oncle de Grégory, qui avait fêté ses 72 ans la veille, ainsi que Jacqueline, son épouse, son aînée d’un an.

Un véritable séisme

Le couple, dont le nom figure depuis belle lurette dans ce dossier hors-norme, a été conduit à la brigade de Bruyères. Les militaires ont signifié leurs droits aux septuagénaires, leur ont indiqué pourquoi ils étaient momentanément privés de liberté. Les qualifications pour lesquelles ils ont été placés en garde à vue sont les suivantes : complicité d’assassinat, non-dénonciation de crime, non-assistance à personne en danger et abstention volontaire d’empêcher un crime.

Cela signifie que l’affaire Grégory, sans doute la plus grande énigme criminelle de l’histoire judiciaire française de la deuxième moitié du XXe siècle en France, est bel et bien relancée. Bernard Laroche, un membre de la famille de l’enfant retrouvé mort dans la Vologne le 16 octobre 1984, a fait figure de premier suspect. Il a été mis en examen et écroué avant d’être remis en liberté en février 1985. Il a été abattu un mois plus tard par Jean-Marie Villemin, le père du petit Grégory.

C’est ensuite Christine, la mère, qui a été soupçonnée d’avoir tué son propre fils. Elle a finalement été blanchie « pour absence totale de charges » le 3 février 1993.

Le dossier a été ensuite rouvert une première fois en 2000 suite à la demande de Me Thierry Moser, l’avocat des parents, qui s’est toujours battu pour repousser les délais de prescription de cette incroyable affaire. Réalisé avec de nouvelles techniques d’extraction de l’ADN, l’examen du timbre figurant sur une lettre anonyme adressée aux parents de l’enfant n’a rien donné.

En 2008, le conseil de Christine et Jean-Marie a obtenu une deuxième réouverture. De nouvelles analyses ADN ont été effectuées mais, aux dernières nouvelles, trois ADN identifiables, découverts sur d’autres courriers, n’avaient pas trouvé preneur.

La Vologne est peut-être en train de livrer ses secrets

Le dossier semblait donc végéter et glisser doucement dans l’oubli. Jusqu’à ce mercredi matin où il a pris un nouvel élan. La justice a-t-elle découvert à qui appartenaient les empreintes génétiques jusqu’ici mystérieuses ? Selon un communiqué du parquet, la réponse est non. Les interpellations ne reposeraient pas sur de l’ADN mais sur un faisceau d’indices (lire par ailleurs).

Transférés à Dijon dans les locaux de la SR, Marcel Jacob, assisté de Mes Laure Iogna-Prat et Stéphane Giuranna, pénaliste reconnu, a été longuement entendu, tout comme son épouse, défendue, elle, par Me Gary Lagardette. Cette garde à vue pourrait prendre fin ce jeudi après-midi ou vendredi matin et se solder par une mise en examen. Pour quels chefs ? Mystère.

Ce couple pourrait ne pas être seul à faire face au juge en charge du dossier. Ginette Villemin, une tante de Grégory, a aussi été interpellée hier matin dans les Vosges et a été placée en garde à vue. Elle était assistée de Me Rémi Stephan. Par ailleurs, Albert et Monique Villemin, les grands-parents de l’enfant, ont été interrogés par les gendarmes chez eux à titre de témoins.

La Vologne est peut-être en train de livrer ses secrets.

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