Une enquête menée par le célèbre journaliste Seymour Hersh prétend que les autorités américaines savaient que l’armée syrienne n’avait pas utilisé d’armes chimiques à Khan Cheikhoun en avril dernier.

Le journal allemand Welt on Sunday a publié le 25 juin un rapport du journaliste d’investigation américain Seymour Hersh, lauréat du prix Pulitzer et célèbre dans le monde entier pour avoir dévoilé les atrocités perpétrées par l’armée américaine au Vietnam ou en Irak.

Une fois n’est pas coutume, Seymour Hersh a une nouvelle fois dévoilé des informations explosives, collectées auprès de diverses sources au sein de l’administration et des services de renseignements américains. Cette fois-ci, le journaliste s’en prend au président américain, Donald Trump, et au bombardement de la base syrienne d’Al-Chaaryate par l’armée américaine en avril dernier.

Seymour Hersh affirme que le bombardement de la base aérienne été décidé par le président américain alors que ce dernier ne disposait d’aucune preuve prouvant l’emploi d’armes chimiques par Damas lors de la frappe aérienne menée à Khan Cheikoun. 

Or, le bombardement d’Al-Chaaryate par l’armée américaine a été justifié comme une mesure de représailles contre le gouvernement syrien, accusé d’avoir utilisé du gaz sarin contre sa propre population. 

«Ce n’était pas une attaque à l’arme chimique»

Dans son rapport, le journaliste affirme que le président américain a ignoré l’avis de ses propres conseillers en prenant la décision de bombarder la base d’Al-Chaayrate.

Il assure que les services de renseignement américains avaient averti Donald Trump qu’ils ne possédaient pas de preuves concernant l’utilisation d’armes chimiques par Damas. Le journaliste cite notamment une de ses sources dans son article : «Ce n’était pas une attaque à l’arme chimique […] Ceci est un conte de fée.»

Le rapport s’appuie sur des entretiens réalisés avec plusieurs conseillers américains et sur des documents qui ont été transmis à Seymour Hersh, comme des transcriptions de communications interceptées par les Américains. En outre, selon les informations recueillies par le célèbre journaliste, Moscou aurait préalablement averti Washington que l’armée syrienne allait procéder à cette frappe aérienne.

Selon ces sources, l’aviation syrienne avait ciblé une rencontre au sommet entre plusieurs hauts responsables de puissants groupes djihadistes, notamment Ahrar al-Cham et Fatah al-Cham (anciennement Front al-Nosra). «Pour cette opération, les Russes avaient livré [aux Syriens] une bombe dotée d’un système de guidage et équipée d’une tête conventionnelle», ajoute l’article de Welt on Sunday. 

Un des conseillers a notamment livré un témoignage explicite au journaliste : «Est-ce que les Syriens avaient prévu d’attaquer Khan Cheikhoun ? Absolument. Est-ce que nous pouvons le prouver ? Absolument. Avaient-ils planifié d’utiliser du sarin ? Non.» 

«Mais le président [Donald Trump] n’a pas dit « Nous avons un problème, essayons de tirer les choses au clair ». Il voulait juste réduire la Syrie en cendres», a-t-il ajouté.

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Qu’a-t-il pu se passer à Khan Cheikhoun ?

La cible du bombardement syrien était un bâtiment de deux étages dont le sous-sol aurait pu abriter un stock de missiles, d’armes, de munitions, de  nourriture, de produits chimiques comme le chlore, de pesticides, et de détergents utilisés pour le traitement des cadavres avant enterrement. L’odeur de chlore qui se serait répandue dans la ville après la frappe aérienne aurait pu conduire certains à penser qu’il s’agissait d’une attaque chimique menée par Damas.

Selon les informations collectées par Seymour Hersh, la bombe russe de 500 kilos aurait déclenché une série d’explosions secondaires. La chaleur provoquée par ces explosions aurait pu provoquer l’évaporation de produits chimiques stockés dans le bâtiment, ce qui aurait généré un nuage toxique qui se serait alors répandu dans la ville.

Ce scénario concorderait avec les témoignages – recueillis par l’ONG Médecins sans frontières – des blessés qui ont évoqué une odeur de chlore. Cela pourrait également expliquer les symptômes d’empoisonnement constatés sur place. Attribué au gaz sarin, ces symptômes auraient pu être provoqué par des organophosphorés, de puissants agents neurotoxique utilisés dans un certain nombre d’engrais fertilisants ou des pesticides comme le Roundup.

Entre temps, les services de renseignements américains n’ont pas été en mesure de prouver la présence de gaz sarin près de la base d’Al-Chaayrate.

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