Connaissez-vous « les déplorables » ? La fan base de Donald Trump qui dépasse de très loin le cœur de l’électorat républicain

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Atlantico : Malgré les nombreuses controverses, Donald Trump est parvenu à élargir sa base de sympathisants au-delà du cœur de son électorat républicain, à travers ce qui est appelé le Deplorable Movement (mouvement des « déplorables »). Comment s’explique la fidélité de ses partisans dans le contexte actuel ?

Jean-Eric Branaa : La crise est très forte à Washington et, vu de France, on a l’impression que le pays est à feu et à sang. En réalité, il n’en est rien. Si on se souvient de la campagne de 2016, on se rappelle aussi que l’opposition entre les élites et les Américains qui se sentent déclassés a été théorisée par Donald Trump lui-même dans la nécessité qu’il mettait de nettoyer le bourbier de Washington.

Pour beaucoup, c’est un lieu qui grouille de lobbyistes qui défendent des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général ; c’est également un lieu où les gens parlent beaucoup mais n’agissent pas autant qu’ils le devraient, en tout cas aux yeux d’une grande partie de l’électorat.

Or les préoccupations quotidiennes des Américains, et particulièrement de ceux qui se sentent délaissés, sont ailleurs : en 2018, comme en 2016, la campagne ne tournera pas autour des liens réels ou supposés de l’équipe Trump avec les Russes. Il sera à nouveau question d’emploi et de pouvoir d’achat.

Paul Ryan, lucide, a admis ce point dans une interview radio pour “The Hugh Hewitt Show” : « Si nous ne tenons pas nos promesses, nous aurons un problème l’année prochaine, » a-t-il déclaré la semaine dernière.

C’est précisément pour cette raison que la plupart des élus de premier plan ne se sont pas exprimés à propos de tous ces scandales qui secouent la capitale fédérale : il faut donner l’impression de ne pas céder à la tentation de participer à une foire d’empoigne et rester mobiliser sur le travail.

Les Américains, qui ont voté pour Trump, exigent cette constance. Or, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, il faut aussi constater que même s’ils entendent le tumulte, ils baignent plutôt dans un calme assez serein : leurs médias préférés, que ce soit FoxNews pour les plus modérés jusqu’à Breitbart pour les plus extrêmes, avec quelques grands titres régionaux comme le Las Vegas Review-Journal ou le Florida Times-Union, et quelques quotidiens locaux plus confidentiels comme le News-Sentinel, le Santa Barbara News-Press, le Republican-American ou encore le Augusta Chronicle, tous, donc, présentent l’actualité du moment comme faisant partie d’un vaste complot pour empêcher le président de mettre en place son programme.

Ils trouvent également logique l’explication que tout cela n’est donc qu’une vengeance du système qui s’est senti attaqué par un homme qui pourrait arriver à le détruire. Non seulement ils adhèrent à cette thèse mais ils agissent aussi très souvent  pour la consolider, notamment par une suractivité à travers les réseaux sociaux, se faisant accepter dans les contacts Facebook ou Twitter ou Instagram de personnalités influentes, de commentateurs ou d’experts en tout genre, répondant aux posts, participant aux débats ou écrivant sur leurs blogs.

Au final, les supporters de Trump renforcent leur soutien à leur leader à chacune des attaques qu’il a à subir : celui qui venait pour les secourir est donc surtout aidé par ses troupes et leur soutien intéressé des débuts s’est transformé en une trumpmania qui s’apparente désormais au comportement que l’on peut observer autour d’une rockstar ou d’une vedette quelle qu’elle soit, y compris pour celles qui proviennent de la télé-réalité.



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