QUI EST QUI. Au jeu des ressemblances, Emmanuel Macron s’inspire beaucoup de l’art de la communication de Barack Obama. Mais le président de la République partage aussi des manières de Donald Trump.

A l’étranger, on compare volontiers le nouveau président français à John Kennedy. Jeune, blanc, sportif, la comparaison s’arrête pourtant là. Au jeu du style et de la forme, Emmanuel Macron ressemblerait plutôt à Barack Obama. A moins que ce ne soit à Donald Trump, qu’il va bientôt recevoir à Paris pour le défilé du 14-Juillet ?

Joue la comme Barack. Au cœur de l’hiver, la journaliste Laurence Haïm, 23 ans correspondante de Canal+ et iTélé à Washington, avait rejoint, à sa demande, l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Fine connaisseuse de la Maison Blanche, ayant suivi chaque journée des huit années de présidence Obama, elle a fortement poussé le candidat à s’inspirer de Barack Obama.

Un président jeune et diplômé. Barack Obama a été élu en novembre 2008, à 47 ans, Emmanuel Macron en mai dernier à 39 ans. Malgré un parcours universitaire solide – l’université de Columbia – Barack Obama et sa licence de sciences politiques ne sont pas en mesure de rivaliser avec Emmanuel Macron, qui cumule un DEA de philo, Sciences Po et l’ENA.

Décontracté comme Obama. S’il est, même à vélo au Touquet, plutôt tiré à quatre épingles, le président de la République essaie de conserver une allure décontractée. Les manches de chemise parfois remontées, hyper détendu, grimpant les escaliers quatre à quatre, il peut volontiers embrasser le crâne chauve d’un voisin du Touquet, ou faire le « DAB » quand un jeune fan le lui demande. Tactile, Emmanuel Macron serre épaules et bras à qui mieux-mieux, sans parler de cette main amicale qu’il a posée sur des dizaines de joues dans la salle des fêtes de l’Élysée le jour de son investiture.

L’art du roman-photo. Le chef de l’État cultive, comme son ancien homologue américain, un sens poussé de la mise en scène. On l’a vu, au tout début de sa présidence, répondre au téléphone à la place des standardistes de l’Élysée qu’il était venu saluer. On l’a vu aussi le week-end dernier dans un fauteuil roulant s’essayer au tennis-fauteuil et à la boxe pour promouvoir la venue des JO à Paris en 2024. Toujours accompagné de sa photographe officielle Soazig de la Moissonnière, qui signe son portrait officiel, Emmanuel Macron ne refuse aucune photo, aucun selfie, au grand dam de son staff qui doit gérer ces bains de foule à rallonge.

L’atout féminin. Et puis il y a Brigitte, sur laquelle Emmanuel Macron s’appuie comme Barack comptait sur Michelle Obama pour emporter les cœurs. L’Élysée n’avait plus connu de Première dame depuis la séparation de François Hollande et Valérie Trierweiler. Installée dans l’aile est, « l’aile madame », Brigitte Macron se fait un devoir d’accueillir les hôtes internationaux avec le sourire. Mary du Danemark, le président guatémaltèque et son épouse, les footballeuses de l’OL, le président de la Colombie et même Arnold Schwarzenegger, qu’elle a reçu en pantalon simple et pull à la Birkin… « Brigitte, c’est un peu moi et réciproquement », « elle m’est essentielle », disait de sa femme Emmanuel Macron quelques jours avant le second tour. Conscient que la force de son couple un peu atypique pouvait être une force dans la dernière ligne droite de la campagne.

> A LIRE.
Brigitte Macron: première dame, un drôle de second rôle

Bien des choses séparent Brigitte Macron de Mélania Trump, troisième épouse du milliardaire parfois qualifiée de « fantôme » tant elle regimbe à aller à Washington.

Et pourtant… Emmanuel Macron compte aussi quelques ressemblances avec Donald Trump. On ne parle pas ici de son âge -71 ans-, ni de ce toupet aérien qui tient beaucoup mieux en place depuis que le successeur de Barack Obama a pris sa suite dans le bureau Ovale.

Comètes politiques. Comme Donald Trump, Emmanuel Macron a connu une ascension politique fulgurante, avec une petite difficulté à se positionner sur l’échiquier classique des idées. Républicain sous Reagan, démocrate sous Bush fils, il s’était présenté en 2005 comme un mélange des deux partis. En 2008, il avait financé la campagne d’Hillary Clinton pour la primaire démocrate (gagnée par Obama) puis en 2012 celle du républicain Mitt Romney. Emmanuel Macron a lui-aussi hésité, penchant d’abord vers la gauche rocardienne. Il a été conseiller puis ministre de François Hollande avant de faire campagne sur un positionnement « ni de droite ni de gauche », un choix électoraliste pour ses détracteurs, qui le suspectent d’être ultra-libéral. Comme Trump, Macron n’avait jamais été élu avant d’accéder à la magistrature suprême. Barack Obama, lui, avait été sénateur de l’Illinois pendant sept ans. Il avait brigué l’investiture démocrate pour la chambre des représentants dès 2000, se faisant connaître à l’échelle nationale.

Un nom qui claque. Un autre point commun, et non des moindres, entre les deux présidents vient du « personal branding ». Dans l’art de faire de son nom une marque, le magnat américain a plusieurs coudées d’avance : la plupart des hôtels et golfs Trump implantés dans le monde entier ne lui appartiennent quasiment pas. Mais il y a apposé son nom en franchise et recueille les royalties. Macron, lui, a tiré les bénéfices politiques de son nom. De nombreux candidats aux législatives, qui en 2012, voire en 2007, avaient obtenu des scores ridicules, ou des hyper-débutants maladroits sont devenus députés grâce à l’étiquette La République En Marche. La couleur avait été annoncée dès avril 2016 : l’acronyme d’En Marche, EM, n’était-il pas les initiales du nom d’Emmanuel Macron ?

Une communication méfiante. L’entourage du président français a d’abord fâché la presse en tentant de choisir les journalistes qui l’accompagnaient sur le terrain, il s’est aussi mis les photographes à dos en ne leur donnant aucune marge de manœuvre. Les rédactions ont regimbé mais le conflit n’est pas réglé et la communication du jeune président reste très verrouillée. Donald Trump, lui, envoie des messages sur Twitter comme s’il était toujours candidat. Pour mieux contourner les médias qu’il juge « hors de contrôle » et dont il ne manque pas une occasion de fustiger la « malhonnêteté ».

Source link