Le suspect de l’attaque contre des militaires à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), blessé par balles, était toujours hospitalisé jeudi au CHU de Lille, alors que le débat est relancé sur l’opération Sentinelle et les risques encourus par les soldats dans la lutte antiterroriste.

Hamou B., un Algérien de 36 ans, touché par cinq balles lors de son interpellation mercredi, et dont les enquêteurs tentent de cerner le profil et le parcours, « n’est pas encore audible », a déclaré une source policière.

Son état de santé ne permettant pas qu’il soit entendu par les policiers, sa garde à vue avait été rapidement levée mercredi. Elle reprendra si les médecins jugent son état compatible avec cette mesure.

L’homme, qui n’est pas fiché S (« sûreté de l’Etat »), était jusque-là seulement connu pour une infraction à la législation sur les étrangers, selon la source policière. Mais il est actuellement en situation régulière.

Les enquêteurs ont découvert l’identité de Hamou B., né en 1980, lors de son interpellation « musclée » dans l’après-midi sur l’A16 dans le Pas-de-Calais, quelques heures après qu’il eut renversé six soldats de l’opération Sentinelle à Levallois-Perret dans une rue piétonne.

L’homme, en fuite au volant d’une BMW de location, a été repéré « grâce à des renseignements humains et des vidéos », a souligné la même source.

La police s’attache désormais à « exploiter les éléments » découverts lors des perquisitions effectuées mercredi à son domicile de Bezons (Val d’Oise) et dans d’autres lieux.

A Bezons, ce chauffeur de VTC menait une vie discrète et habitait dans un immeuble d’un quartier résidentiel, selon des témoignages de voisins recueillis par l’AFP.

Le parquet antiterroriste s’est saisi de l’enquête, ouverte notamment pour « tentatives d’assassinats sur personnes dépositaires de l’autorité publique en lien avec une entreprise terroriste ».

Cette sixième attaque contre des soldats de Sentinelle a relancé le débat sur l’opération, qui mobilise 7.000 soldats en permanence en France depuis les attentats jihadistes de 2015. Pour des experts, ces militaires sont désormais surtout des « cibles ». Le 14 juillet, Emmanuel Macron a annoncé que le dispositif allait être revu « en profondeur ».

– ‘Remettre à plat’ –

« Ce n’est pas l’opération la plus opportune car la plupart des interventions visent (pour les militaires, ndlr) à se protéger soi-même », a déclaré la députée de La France insoumise Clémentine Autain sur franceinfo.

« Le dispositif est évidemment à remettre à plat », a estimé le député LR Daniel Fasquelle. Les militaires « ne sont pas formés » pour ce genre de mission, a-t-il ajouté sur RMC.

« Il faut avant tout annuler la baisse du budget de l’armée », a affirmé Florian Philippot, vice-président du FN, en référence aux coupes controversées de 850 millions d’euros dans les crédits de la défense en 2017.

L’eurodéputé, interrogé sur Europe 1, a avancé l’idée d' »une mission de police et de gendarmerie » en remplacement de Sentinelle. « Le problème c’est que vous avez à la fois une police à l’os en France, une gendarmerie à l’os, et une armée à l’os », a-t-il accusé.

Sentinelle « montre la contribution de l’armée française, de l’armée de terre à la sécurité du pays », a rétorqué sur RFI le président de l’Assemblée nationale François de Rugy (REM). « La défense du territoire national fait partie des missions de l’armée ».

Le député PS Stéphane Le Foll, ancien porte-parole du gouvernement Hollande, qui avait mis en place Sentinelle, a réclamé sur France Inter de la « cohérence » concernant ces militaires déployés dans les rues: « Dire du jour au lendemain qu’on les ferait disparaître, ce n’est pas la solution ».

La commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015, dans ses conclusions rendues en juillet 2016, s’interrogeait déjà sur l’efficacité du dispositif et proposait de « revoir à la baisse le volume des effectifs engagés » en se concentrant sur « la seule protection de certains points stratégiques ».

Devant la commission défense de l’Assemblée il y a trois semaines, le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Jean-Pierre Bosser, s’est dit favorable à un redimensionnement de la mission à « 3.000 hommes répartis sur des points clés », plus « 3.000 autres en réserve » et « 3.000 autres » qui se consacreraient à « l’anticipation », soit la préparation de scénarios inédits de crise.

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