Après quatre jours de détention, Murielle Bolle, mise en examen pour l’enlèvement qui a conduit à la mort du petit Grégory, sera-t-elle remise en liberté ? Une audience sur son maintien ou non en détention aura lieu, ce mardi, devant la chambre de l’instruction. Celle-ci avait décidé de placer sous contrôle judiciaire les époux Jacob, autres suspects de ce crime sordide resté une énigme depuis 1984.

Affaire Grégory : le mystère Murielle Bolle

Témoin clé de l’affaire Grégory en 1984, Murielle Bolle, 48 ans, a été mise en examen jeudi pour enlèvement suivi de mort et placée en détention provisoire, deux semaines après la mise en cause du grand-oncle et de la grand-tante de l’enfant.

Murielle Bolle, âgée de 15 ans à l’époque, avait mis en cause Bernard Laroche, qui était son beau-frère et le cousin du père de Grégory, comme étant celui qui avait enlevé et peut-être tué le garçon de quatre ans alors qu’elle l’accompagnait dans sa voiture au moment des faits.

Elle avait réitéré ces aveux devant le juge d’instruction, puis s’était rétractée une fois revenue dans sa famille, des dénégations qu’elle a toujours maintenues par la suite.

« Ragot récurrent »

« Cette affaire fonctionne comme un ragot récurrent. Un membre éloigné de la famille vient déclarer qu’elle lui aurait confié que ce qu’elle avait dit aux gendarmes était exact », a expliqué à la presse son avocat, Me Jean-Paul Teissonnière.

« C’est très troublant pour nous car depuis que l’affaire a été réveillée par la mise en examen des Jacob, on assiste à une sorte de frénésie d’aveux », a-t-il ajouté.

Le procureur général, Jean-Jacques Bosc, a évoqué, lors d’un point de presse, les violences qu’aurait subies la jeune fille de la part de sa famille pour revenir sur ses aveux.

« Un cousin a été témoin des violences dont elle a fait l’objet. La gendarmerie a recueilli d’autres informations tendant à la réalité de ces violences, notamment des témoignages des voisins », a-t-il indiqué, précisant que Murielle Bolle contestait ces témoignages.

« Frappée par plusieurs personnes »

Philippe, 54 ans, cousin de Murielle Bolle s’est confié pour la première fois au « Parisien ». Il affirme avoir assisté à la soirée du 5 novembre 1984 au cours de laquelle il a « vu Murielle subir des coups ».  

Ces faits se seraient déroulés chez les parents de Murielle Bolle: « J’étais donc présent. Je serais capable de faire un plan détaillé de la maison, confie-t-il au journal régional. Je peux vous dire que Murielle s’est fait démonter, je veux dire qu’elle a été frappée par plusieurs personnes, elle a pris une sacrée volée ».

Il ajoute : « Après ces violences, Murielle est sortie. Elle pleurait. C’est là qu’elle m’a fait des confidences sur l’affaire. Mais je ne vous en dirai pas plus, je veux protéger l’enquête ».

De possibles pressions familiales

Me Thierry Moser, avocat de Christine et Jean-Marie Villemin, les parents de Grégory, s’était félicité de cette nouvelle avancée du dossier.

« La vérité est en marche », a-t-il écrit dans un communiqué.

« Il est acquis que Murielle Bolle a subi des pressions inadmissibles imputables à son entourage familial pour l’amener à des rétractations au début de l’enquête, [qu’elle a été] surveillée et contrôlée de façon constante par son entourage pour qu’elle persiste dans la voie de déclarations contraires à la vérité », avait-il ajouté.

Après les aveux de sa belle-sœur, Bernard Laroche avait été inculpé pour assassinat mais remis en liberté trois mois plus tard, notamment en raison d’erreurs de procédure, avant d’être tué d’un coup de fusil par Jean-Marie Villemin.

Christine Villemin, à son tour soupçonnée du crime et inculpée, a été innocentée en 1993 par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon devant laquelle l’affaire avait été dépaysée.

La relance de l’affaire résulte notamment d’une nouvelle analyse d’un dossier riche de 12.000 pièces à l’aide du logiciel Anacrim dont est dotée la gendarmerie.

Le grand-oncle et la grand-tante de Grégory, Marcel et Jacqueline Jacob, ont été mis en examen le 16 juin pour enlèvement et séquestration de mineur suivis de mort avant d’être remis en liberté et placés sous contrôle judiciaire.

Si l’auteur et les mobiles précis du crime restent à ce stade inconnus, le dossier a mis à jour des jalousies et des haines tenaces au sein de la famille Villemin qui pourraient expliquer l’enchaînement des faits et impliquer plusieurs personnes dans leur commission.

 

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